Un Régnié se boit entre 1 et 7 ans, au mieux vers 3 ans. Dernier-né des crus, reconnu en 1988, c'est un vin de fruit rouge, souple et gourmand, plus rond qu'un Chiroubles et moins charpenté qu'un Morgon, son voisin.
Un peu de rondeur, pas beaucoup plus.
Jeune, le Régnié offre la framboise, la groseille, la mûre, avec une pointe de fleurs, sur une bouche souple aux tanins fins.
Vers trois ou quatre ans, le fruit se fait plus mûr, cerise et fruits rouges cuits, et la bouche plus fondue. Au-delà, il décline doucement.
C'est un cru qu'on achète pour le boire : ouvrez-le entre deux et quatre ans. Les rares cuvées de vieilles vignes élevées plus longuement peuvent attendre jusqu'à 9 ans.
Macération semi-carbonique — la vinification traditionnelle du Beaujolais : les grappes entrent entières dans la cuve, sans être égrappées ni foulées. Une partie des baies fermente de l'intérieur, sous le gaz carbonique dégagé par les autres. Il en sort ce fruit éclatant de banane, de bonbon anglais ou de framboise, et des tanins souples. Ce style se boit plus tôt qu'un Gamay égrappé et élevé en fût.
Gore — le nom local du granite désagrégé en sable grossier, rose ou gris, qui couvre l'essentiel des crus du Beaujolais. Pauvre, acide et drainant, il limite la vigueur de la vigne et donne au Gamay la tension qui lui permet de vieillir. On le distingue des schistes et des pierres bleues, qui dominent sur quelques secteurs — Côte de Brouilly, Côte du Py, Juliénas — et donnent des vins plus denses.
Tanins — les composés issus de la peau, des pépins et du bois, qui donnent cette sensation d'assèchement sur les gencives. Jeunes, ils peuvent être « anguleux », c'est-à-dire saillants et un peu durs ; en vieillissant ils se fondent, et c'est le principal changement de texture d'un rouge de garde.
Mildiou — un organisme proche des champignons — un oomycète — qui attaque feuilles et grappes par temps humide. Une année de forte pression signifie des pertes de récolte, un tri sévère à la vendange, et de gros écarts entre les propriétés qui ont pu traiter à temps et les autres.
Apogée — le moment estimé où le vin donne le maximum. Ce n'est ni le début ni la fin de la fenêtre : avant, il est encore en train de se faire ; après, il reste bon mais commence doucement à décliner.
Le cru ne compte qu'un niveau d'appellation : ce qui fait varier la garde, c'est la vinification et l'âge des vignes. Chaque barre couvre l'amplitude réelle.
Le cru s'étend sur Régnié-Durette, le village à l'église aux deux clochers, et sur une partie de Lantignié. Deux façons de faire le même cru. La macération semi-carbonique, en grappes entières, donne un vin de fruit à boire dans ses premières années. Une vinification égrappée, parfois élevée en fût, sur de vieilles vignes, donne un vin plus serré qui demande plus de temps. L'étiquette ne le dit pas toujours : la mention vieilles vignes, un nom de lieu-dit ou un prix plus élevé en sont les indices.
Fenêtres estimées pour un Régnié classique, vinifié en grappes entières. Nous sommes en 2026.
Le Gamay tient par sa fraîcheur autant que par ses tanins. Une année très solaire donne des vins gourmands plus tôt ; leur endurance dépend alors de la matière. Les années chaudes et concentrées — 2015, 2018, 2019, 2022 — restent ici les plus longues, parce que le sol granitique a préservé l'acidité.
Régnié fait partie des crus touchés par les grêles de mai et juin 2016, puis par celle du 10 juillet 2017. 2025 est encore à confirmer. Coulure, canicule et sécheresse d'août, puis la plus petite récolte depuis 2012, vendangée dès la fin août : les premiers vins sont concentrés et prometteurs, mais l'estimation reste prudente tant qu'ils n'ont pas un an de bouteille.
| Millésime | Style | Garde | À boire | Apogée | Aujourd'hui |
|---|---|---|---|---|---|
| 2015 | Canicule, très mûr et riche | Longue | 2016 – 2022 | 2019 | Fenêtre dépassée |
| 2016 | Grêles de mai et juin, récolte réduite | Moyenne | 2017 – 2022 | 2019 | Fenêtre dépassée |
| 2017 | Grêle du 10 juillet, récolte réduite | Moyenne | 2018 – 2023 | 2020 | Fenêtre dépassée |
| 2018 | Chaud et abondant, riche | Longue | 2020 – 2025 | 2022 | Fenêtre dépassée |
| 2019 | Sec et solaire, dense | Longue | 2020 – 2026 | 2023 | Dernière année |
| 2020 | Très précoce, jus ronds et concentrés | Moyenne | 2021 – 2026 | 2023 | Dernière année |
| 2021 | Printemps gélif, été pluvieux, léger | Courte | 2022 – 2025 | 2023 | Fenêtre dépassée |
| 2022 | Sécheresse, petits rendements, velouté | Longue | 2023 – 2029 | 2026 | À son apogée |
| 2023 | Lumineux, mûr et fruité | Moyenne | 2024 – 2029 | 2026 | À son apogée |
| 2024 | Pluies et mildiou, à boire jeune | Courte | 2025 – 2028 | 2026 | À son apogée |
| 2025 | Vendanges fin août, petite récolte | Moyenne | 2026 – 2031 | 2028 | Tout juste ouvert |
Ces fenêtres valent pour un Régnié classique. Une cuvée de vieilles vignes ouvre un an plus tard et tient 2 ans de plus : reportez-vous au graphique.
« Fenêtre dépassée » ne veut pas dire imbuvable. Le vin a simplement cessé de progresser et perd doucement son fruit. Ces bouteilles passent en tête de liste : on les ouvre sans arrière-pensée, et souvent avec de bonnes surprises. Ce qu'il ne faut pas faire, c'est continuer à les attendre.
Si vous en avez plusieurs, ouvrez-en une. À partir de trois bouteilles du même vin, une dégustation vaut mieux que toutes les estimations : vous saurez si le vôtre est en avance ou en retard sur la fourchette, et vous pourrez décaler les suivantes en conséquence.
Régnié est coincé entre Morgon et Brouilly. Il a longtemps été vendu en Beaujolais-Villages avant d'obtenir son appellation en 1988, ce qui en fait le plus jeune des dix crus.
Le sol est surtout un granite rose désagrégé, sableux et léger, sur des coteaux assez élevés. Il donne des vins fruités et fins, sans la densité des schistes de Morgon.
Les vins du haut du coteau sont plus frais et floraux, ceux du bas plus ronds. Dans les deux cas, c'est un cru de plaisir immédiat plus que de garde.
Ce que dit la bouteille. Deux signes se lisent sans l'ouvrir. Le niveau : plus il est bas sur une vieille bouteille, plus le bouchon a laissé passer d'air. L'état de la capsule : une trace de suintement signale une bouteille qui a eu chaud. Le troisième se lit une fois servi — inclinez le verre au-dessus d'une feuille blanche et regardez la teinte du bord : un rouge qui tire vers le tuilé, l'orangé, a déjà bien évolué.
Vos conditions de conservation. Elles pèsent autant que le millésime, et contrairement à lui vous les maîtrisez : 10 à 14 °C, stable, environ 70 % d'humidité, à l'abri de la lumière, bouteille couchée. C'est la stabilité qui compte, davantage que la valeur exacte — une cave à 15 °C constants vaut mieux qu'un placard qui oscille entre 8 et 22.
Et si vous n'avez pas de cave ? Ce n'est pas rédhibitoire, mais comptez des fenêtres sensiblement raccourcies, et buvez plutôt dans la première moitié de la fourchette. Cherchez le point le plus frais et le plus stable du logement — un placard sur un mur nord, jamais au-dessus d'un four ni près d'une fenêtre. Un endroit frais et constant, même imparfait, vaut mieux qu'un endroit idéal par intermittence.
12 à 14 °C, plus frais que la température de la pièce. Il supporte mal d'être servi chaud. Pas de carafe, sauf pour dissiper un léger gaz carbonique à l'ouverture, ce qui est fréquent sur un vin jeune de macération.
De la garde la plus courte à la plus longue. Chaque barre couvre toute l'amplitude de l'appellation, du vin le plus simple à la cuvée de garde.
vinapp calcule la fenêtre de dégustation de chacune de vos bouteilles, millésime par millésime, et vous dit lesquelles ouvrir maintenant.
Créer ma caveGratuit jusqu'à 40 bouteilles. Aucune carte bancaire demandée.