Un Castillon Côtes de Bordeaux s'ouvre vers trois ans et se boit jusqu'à douze, avec une apogée autour de six. Les cuvées du plateau calcaire tiennent seize ans. Voisin de Saint-Émilion à l'est, dont son plateau calcaire prolonge celui de Saint-Émilion, c'est l'une des rives droites où l'on trouve le plus de propriétés ambitieuses à prix doux.
Un merlot mûr, qui gagne en finesse.
Jeune, un Castillon est un rouge charnu, au fruit mûr — prune, cerise noire, fruits rouges —, avec des tanins souples ou fermes selon le sol. La plupart des bouteilles sont déjà agréables à trois ou quatre ans.
Les cuvées du plateau calcaire, qui prolonge celui de Saint-Émilion, ont plus de structure. Entre six et dix ans, elles gagnent les notes de sous-bois, de cuir, de truffe, d'épices.
Ce qui fait tenir un Castillon, c'est le calcaire, qui donne de la fraîcheur et de la tenue au merlot. Les vins des pieds de coteaux et des terrasses de la Dordogne, plus souples, se boivent dans les six ou sept ans.
Assemblage — mélanger plusieurs cépages dans une même bouteille, par opposition au vin « de cépage » qui n'en contient qu'un. Chacun apporte autre chose : la couleur et les tanins de l'un, l'acidité du deuxième, le parfum du troisième. C'est la règle dans le Rhône méridional, à Bordeaux et en Champagne ; le Rhône septentrional, où la syrah règne presque seule, et la Bourgogne font l'inverse.
Tanins — les composés issus de la peau, des pépins et du bois, qui donnent cette sensation d'assèchement sur les gencives. Jeunes, ils peuvent être « anguleux », c'est-à-dire saillants et un peu durs ; en vieillissant ils se fondent, et c'est le principal changement de texture d'un rouge de garde.
Mildiou — un organisme proche des champignons — un oomycète — qui attaque feuilles et grappes par temps humide. Une année de forte pression signifie des pertes de récolte, un tri sévère à la vendange, et de gros écarts entre les propriétés qui ont pu traiter à temps et les autres.
Millésime solaire — une année chaude et ensoleillée, qui donne des raisins très mûrs : plus de sucre, donc plus d'alcool, plus de matière, mais aussi moins d'acidité. Ces vins sont souvent séduisants tôt ; leur endurance dépend alors davantage de la structure tannique que de la fraîcheur.
Carafer ou décanter — deux gestes différents. Carafer, c'est aérer un vin jeune en le versant vigoureusement, pour assouplir des tanins fermés. Décanter, c'est séparer un vin âgé de son dépôt, en versant très lentement. Carafer une vieille bouteille comme on carafe un vin jeune la fatigue au lieu de l'ouvrir.
Apogée — le moment estimé où le vin donne le maximum. Ce n'est ni le début ni la fin de la fenêtre : avant, il est encore en train de se faire ; après, il reste bon mais commence doucement à décliner.
Le secteur du vignoble et l'ambition de la cuvée font l'écart ; le prix et la mention d'un élevage en fût sont de bons indices.
L'appellation couvre un peu plus de 2 000 hectares revendiqués sur neuf communes, à l'est de Saint-Émilion, autour de Castillon-la-Bataille. Le merlot y représente environ 70 % du vignoble. Appelée Côtes de Castillon jusqu'au millésime 2007, elle est devenue à partir du millésime 2008 une dénomination de l'appellation Côtes de Bordeaux : c'est donc le millésime qui décide du nom sur l'étiquette.
Fenêtres estimées pour un Castillon de propriété. Nous sommes en 2026.
Sur la rive droite, la garde suit la maturité du merlot. Les années chaudes et sèches — 2015, 2016, 2018, 2019, 2020, 2022 — donnent les Castillon les plus longs.
Les accidents de la période : gel d'avril 2017, qui a touché, selon les premières estimations, plus de 70 % des vignes du Libournais, Castillon compris ; gel, mildiou et été frais en 2021 ; mildiou massif en 2023 ; pluies et mildiou en 2024, avec des rendements très bas sur la rive droite.
Les grands millésimes récents sont 2016, 2020 et 2022. 2017 est à finir, 2021 à boire ; 2024, léger, se boit dès ses premières années sans être gardé longtemps.
| Millésime | Style | Garde | À boire | Apogée | Aujourd'hui |
|---|---|---|---|---|---|
| 2015 | Mûr et charnu | Longue | 2018 – 2026 | 2021 | Dernière année |
| 2016 | Très grande année | Longue | 2019 – 2027 | 2022 | À boire sans tarder |
| 2017 | Gel d'avril, récolte très réduite | Courte | 2020 – 2024 | 2022 | Fenêtre dépassée |
| 2018 | Mildiou puis été chaud, dense | Longue | 2021 – 2028 | 2024 | À boire sans tarder |
| 2019 | Chaud, mûr et équilibré | Longue | 2022 – 2030 | 2025 | À boire |
| 2020 | Solaire, concentré | Longue | 2023 – 2032 | 2026 | À son apogée |
| 2021 | Gel, mildiou, été frais : léger | Courte | 2024 – 2028 | 2025 | À boire sans tarder |
| 2022 | Très chaud, charnu | Longue | 2025 – 2034 | 2028 | Bientôt à son apogée |
| 2023 | Mildiou massif, frais | Moyenne | 2026 – 2032 | 2028 | Tout juste ouvert |
| 2024 | Pluies et mildiou, récolte très réduite | Courte | 2027 – 2031 | 2029 | Encore jeune |
Ces fenêtres valent pour un Castillon de propriété. Un vin souple se boit dans la première moitié de chaque fenêtre ; une cuvée de garde du plateau calcaire s'ouvre un an plus tard et tient quatre ans de plus.
« Fenêtre dépassée » ne veut pas dire imbuvable. Le vin a simplement cessé de progresser et perd doucement son fruit. Ces bouteilles passent en tête de liste : on les ouvre sans arrière-pensée, et souvent avec de bonnes surprises. Ce qu'il ne faut pas faire, c'est continuer à les attendre.
Si vous en avez plusieurs, ouvrez-en une. À partir de trois bouteilles du même vin, une dégustation vaut mieux que toutes les estimations : vous saurez si le vôtre est en avance ou en retard sur la fourchette, et vous pourrez décaler les suivantes en conséquence.
L'appellation s'étend à l'est de Saint-Émilion, sur neuf communes autour de Castillon-la-Bataille, la ville où s'est jouée en 1453 la bataille qui a mis fin à la guerre de Cent Ans.
Le vignoble s'étage en trois ensembles : les terrasses de la Dordogne au sud, des coteaux argilo-calcaires, et au nord un plateau calcaire qui prolonge celui de Saint-Émilion. C'est sur ce plateau que naissent les vins les plus longs.
Depuis les années 1990, de nombreux vignerons venus de Saint-Émilion ou de l'étranger s'y sont installés, attirés par des terroirs comparables à des prix bien plus bas.
Ce que dit la bouteille. Deux signes se lisent sans l'ouvrir. Le niveau : plus il est bas sur une vieille bouteille, plus le bouchon a laissé passer d'air. L'état de la capsule : une trace de suintement signale une bouteille qui a eu chaud. Le troisième se lit une fois servi — inclinez le verre au-dessus d'une feuille blanche et regardez la teinte du bord : un rouge qui tire vers le tuilé, l'orangé, a déjà bien évolué.
Vos conditions de conservation. Elles pèsent autant que le millésime, et contrairement à lui vous les maîtrisez : 10 à 14 °C, stable, environ 70 % d'humidité, à l'abri de la lumière, bouteille couchée. C'est la stabilité qui compte, davantage que la valeur exacte — une cave à 15 °C constants vaut mieux qu'un placard qui oscille entre 8 et 22.
Et si vous n'avez pas de cave ? Ce n'est pas rédhibitoire, mais comptez des fenêtres sensiblement raccourcies, et buvez plutôt dans la première moitié de la fourchette. Cherchez le point le plus frais et le plus stable du logement — un placard sur un mur nord, jamais au-dessus d'un four ni près d'une fenêtre. Un endroit frais et constant, même imparfait, vaut mieux qu'un endroit idéal par intermittence.
16 à 17 °C. Un Castillon de moins de quatre ans gagne à être carafé une heure. Au-delà de dix ans, on décante doucement pour laisser le dépôt.
De la garde la plus courte à la plus longue. Chaque barre couvre toute l'amplitude de l'appellation, du vin le plus simple à la cuvée de garde.
vinapp calcule la fenêtre de dégustation de chacune de vos bouteilles, millésime par millésime, et vous dit lesquelles ouvrir maintenant.
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